Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /Avr /2009 15:11

On ne cesse de découvrir les multiples facettes artistiques de Pierre Loti (1850-1923). On connaissait l’architecte d’une maison étonnante, le photographe (grâce aux musées de Poitiers, en 1985), ses photos d’Istanbul, publiées en 1992, et voici encore une nouveauté : L’Inde, photographiée par Pierre Loti...

Claude Malécot, historienne de la photographie, qui a préparé cette rétrospective, en collaboration avec Claude Stéfani et David Bodin, précise : « Loti a pris à peu près 90 photos (c’est le nombre conservé), 40 dans l’Inde du sud, 30 dans l’Inde centrale, et 20 à Bénarès, plus une à Gwalior, la photo où il est juché sur l’éléphant ; l’exposition en présente 50. Et 40 photos sur les 120 qu’il a achetées […]. On peut imaginer qu’il avait une provision limitée de plaques de verre et que, soit il doublait ses propres photos, au cas où celles-ci auraient été ratées, soit il ‘‘bouchait des trous’’ par rapport à ses propres clichés. » Les photos achetées sont souvent des photos déjà anciennes, et toutes sont britanniques, d’où le titre de l’exposition : L’Inde avec les Anglais (même si, au demeurant, on n’en voit aucun…

 

Parti de Marseille le 19 décembre 1899, revenu à Rochefort le 1er juillet 1900 (après un voyage en Perse et une étape en Birmanie), l’écrivain, qui avait établi son itinéraire de manière à avoir le moins de contacts possible avec l'occupant britannique, pourra alors publier en 1903 un récit de voyage intitulé L’Inde (sans les Anglais). Et sans les photos !

Débarqué dans l'île de Ceylan, il y reste dix jours, avant d’aborder le continent. Voyageant en charrette indienne traînée par des zébus, il rejoint Trivandrum, qui le déçoit, avec « tous les monuments nécessaires à la vie modernisée d'une capitale : ministères, hospices, banques et écoles. Ces choses eussent moins étonné si on les avait construites en style un peu indien ; mais, à notre époque, il faut prendre son parti de rencontrer les mêmes erreurs de goût dans presque tous les pays du monde. » II poursuit sa route vers le nord par la voie des lagunes, en longue galère à quatorze rameurs, avant de rallier Pondichéry. De là, il rebrousse chemin pour assister à une procession dédiée à Vishnou, au temple de Chri-Ragam, à Trichinopoly (Srirangam, Tiruchirappali), avant d’aller admirer des éléphants sacrés à Madurai. Après Madras, dernière étape dans « l’Inde des grandes palmes », dravidienne et tamoule, c’est l’Inde affamée : Hyderabad, les ruines de Golconde, les grottes d'Ellora, et enfin « l’horrible Calcutta », puis Bénarès, d’où un train le conduit à Agra « la musulmane ». Après Gwalior, apparaissent Jeypoure (Jaipur), Odeypoure (Udaipur), mais dans ce Rajasthan fascinant, l’émerveillement tourne au cauchemar. L’Inde apparaît cruelle. Le 25 mars, à Bombay au moment du départ, « ça sent le cadavre et le phénol dans toutes les rues. La peste et le choléra ».

Les mots ne peuvent tout dire, alors Loti photographie : temples, fakirs, vaches sacrées… « Les photos de Loti sont des instantanés, prises avec un petit appareil de type Détective, assez léger, au format 6/9, très probablement de fabrication française ; il semble qu’on n’a pas conservé cet appareil. Ce sont donc des plaques de verre, ce qui explique qu’elles se soient très bien conservées. Une des grandes réussites de Loti est d’avoir pris des photos d’intérieur, des fresques du palais de Cochin. » (Claude Malécot)

Cette Inde qui apparaissait enchantée, exubérante, ce « berceau de la pensée humaine », l’a bouleversé, mais, après la déception du bouddhisme à Ceylan, du brahmanisme à Tanjore (Thanjavur) et de la théosophie à Madras, elle l’a rendu philosophe, sinon serein. Pour Bruno Vercier (auteur des Orients de Pierre Loti par la photographie, Ed. du Patrimoine, 2006), « L’Inde (sans les Anglais) n’est pas réellement un récit de voyage, mais le récit d’un parcours initiatique qui, au travers des splendeurs et des misères d’une Inde reconstituée, aboutit, dans ‘‘la petite maison hantée par les oiseaux’’ et sur les bords du Gange où les cadavres se consument sur les bûchers, à cette prise de conscience, à ce détachement prêché par les sages comme par l’antique sagesse du Bouddha. » Les photos en témoignent…

 

 

Exposition du 14 février au 24 mai 2009, au Musée Hèbre de Saint-Clément, musée d’art et d’histoire de Rochefort (17300— 63, av. Charles de Gaulle ; tél. : 05 46 82 91 60). Pas de catalogue, mais le Bulletin de l’Association pour la Maison de Pierre Loti lui consacre son prochain numéro de printemps (141 rue Pierre-Loti, 17300 Rochefort). Les propos cités de Bruno Vercier et de Claude Malécot en sont extraits.

 

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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 11:47
Avant publication des actes du colloque concerné, communication lisible en ligne :

http://lapril.u-bordeaux3.fr/spip.php?rubrique151
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 21:06

Vient de paraître!

&
Pierre Loti, Journal (1879-1886)
,

deuxième volume de l’édition intégrale critique, établie en collaboration avec Bruno Vercier, Paris, Les Indes savantes, septembre 2008, 815 p.

 

Si le premier volume du Journal (1868-1878) nous avait fait découvrir le années d’apprentissage du jeune Julien Viaud, avec ce deuxième volume (1879-1886), c’est l’entrée dans la carrière littéraire de Pierre Loti que nous abordons et, à ce titre, probablement la période la plus importante, la plus complexe, de sa vie. Ces années nomades, de l’Adriatique à Ceylan et jusqu’au Japon font du jeune aspirant de Marine inconnu, du « jeune officier pauvre » mélancolique, blasé, un écrivain reconnu, en route vers la gloire (Pêcheur d’Islande, son ‘‘best seller’’, paraît en 1886). Les séjours de la décennie précédente nourrissent les romans à succès de celle-ci : Turquie d’Aziyadé, Tahiti du Mariage de Loti, Sénégal du Roman d’un spahi. Des amitiés littéraires déterminantes se forgent : Sarah Bernhardt, Juliette Adam, François Coppée, Emile Pouvillon, Alphonse Daudet, Ernest Renan. De l'académicien au marin illettré, de la duchesse à la sauvageonne, du salon à la taverne, Loti franchit frontières et limites : rêves d’ubiquité, goût des contraires, des dédoublements, des pseudonymes et des déguisements. Et une qualité d’écriture désormais mûrie, toujours infiniment attachante…

 

 

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