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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 17:44


 著者名:アラン・ケラ=ヴィレジェ/著 遠藤文彦/

 アラン・ケラ=ヴィレジェ/著遠藤文彦/訳で検索

書籍を買う

   

価格:8,400

 
   

Tokyo, éditions  Suiseisha

652 p., 22cm

8400 yen

ISBN Code 978-4-89176-810-2 (4-89176-810-X)


 Préface inédite,pour la traduction japonaise

A une douzaine de kilomètres de Nagasaki, se cache un temple connu en France des lecteurs de Pierre Loti : Taki-no-Kanon. Enclavé dans un fond de vallée à l’écart de la route, au-delà d’une forêt de bambous, c’est un petit temple rustique, environné de papillons noirs et qui semble seulement occupé à écouter le bruissement d’une cascade proche. On voyage souvent dans une bibliothèque, je l’avais lu et vu avant de le connaître. Le 1er août 1987, je m’y suis rendu : il faut pour le rejoindre prendre le bus jusqu’à Yagami, puis un taxi. Cent ans plus tôt, en 1885, l’écrivain avait pris un rickshaw et l’avait dessiné.

Pierre Loti a, en effet, séjourné à Nagasaki, du 8 juillet au 12 août 1885, comme officier de la Marine française (il s’appelait en réalité Julien Viaud). Si son roman Madame Chrysanthème (1887), puis son volume d’escales, Japoneries d’automne (1889), sont devenus emblématiques du japonisme ayant alors cours en Europe, c’est dans « Un chapitre inédit de Madame Chrysanthème », paru dans Le Figaro du7 avril 1888, qu’il faut aller chercher le souvenir de son excursion à Taki-no-Kanon (datée du 16 septembre 1885, bien qu’elle eut lieu le 9 août 1885.

 On sait que Madame Chrysanthème fait partie des lectures ayant incité Lafcadio Hearn à aller vivre au Japon. Lorsqu’il lut L’Exilée (1893), volume dans lequel est repris ce court récit, il fut ravi par les esquisses japonaises qu’il contient. Une lettre à son ami Chamberlain, le 2 février 1894, souligne une impression générale « délicate, tendre, gracieuse, mystérieuse et bizarre » et, surtout, applaudit à la beauté du récit : « Le voyage à travers le Kyûshû est la perfection même : je pourrais sentir les rizières et les bois de cèdre. Ça, c’est du génie ! Il dit parfois d’étranges choses, tout de même »…

Pierre Loti est revenu au Japon en 1900-1901, mais ses observations géopolitiques sur le « néo-Japon » – c’est son terme, dans son roman La Troisième Jeunesse de Madame Prune (1905), paru alors que la Guerre russo-japonaise n’était pas terminée – ne l’ont pas épargné contre les critiques et les moqueries. Félix Régamey, par exemple, ne cessera de dénoncer l’acharnement européen à croire en un « Péril jaune » et à désigner parmi les coupables de premier rang l’auteur de Madame Chrysanthème, ce roman contre lequel il croit avoir raison d’être impitoyable : « Hier encore, que savaient du Japon les journalistes ? Le plus généralement rien du tout. Rien que ce que leur avait appris les ouvrages d’un navigateur déplorable autant qu’académicien » !

 

C’est curieusement, et fort heureusement, du Japon que sont venues depuis les années 1950 des relectures opportunes des pages de Pierre Loti, au demeurant pleines d’une empathie peu rancunière. Citons d’abord un curieux dialogue rapporté (et très probablement inventé !) par le journal La Presse du 6 janvier 1953, entre l’empereur Hiro-Hito et son fils :

Il paraît que vous êtes premier en français. Avez-vous lu quelques ouvrages ?

Mon professeur m’a fait lire Madame Chrysanthème de M. Pierre Loti et La Bataille de M. Claude Farrère.

J’étais trop jeune pour connaître le très honorable Pierre Loti, dit l’Empereur, mais j’ai eu le plaisir de recevoir le très honorable Claude Farrère qui aime notre pays. Je souhaite que vous puissiez prochainement le saluer à Paris, car Paris est tout près de Londres, où j’ai décidé que vous me représenterez au couronnement de S. M. la reine Elisabeth…

Madame Chrysanthème a été traduit en japonais dès 1915, mais c’est à l’époque de ce dialogue impérial, que la plupart des traductions japonaises ont paru : La Troisième jeunesse de Madame Prune (1952), Madame Chrysanthème, à nouveau (1959), Japoneries d’automne (1960), etc. Surtout, la recherche universitaire japonaise s’est emparé de ces textes : en 1959, Ryôzô Kawanishi étudie le vision de Nagasaki par Loti ; en 1962, Tôru Haga publie « un essai d’apologie » ; en 1961, Kôji Nishimoto ose une thèse de doctorat sur Pierre Loti et le Japon. Depuis, le professeur Sukehiro Hirakawa s’est intéressé aux liens Loti/Lafcadio Hearn et le professeur Suetoshi Funaoka a publié un large ensemble d’études, réunies en un volume en 1987 (Pierre Loti et l’Extrême Orient). Ils ont ouvert la voie à des ouvrages entiers de Setsuko Ono (1972), Takayuki Ochiai (1992), jusqu’au Pierre Loti, l’esthétique de la saugrenuité (2001) du professeur Fumihiko Endo.

Il manquait toutefois, en japonais, une biographie de Loti pour faire découvrir l’écrivain français dans l’ampleur de sa vie riche, de son œuvre colorée et moderne et resituer sa vision de l’Asie à l’intérieur d’une pensée nomade et d’une époque originale. Il faut savoir gré à Fumihiko Endo d’avoir entrepris ce minutieux et ardu travail de traduction et je l’en remercie infiniment.

 

En parcourant les allées de Taki-no-Kanon, en 1987, je ne pensais pas qu’un jour mon travail serait lu dans la langue de l’archipel et j’en suis particulièrement honoré…

 

Poitiers (France),

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